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La commune de Tiznit a décidé de réinvestir le site de la Kasbah Aghenaj pour créer au cœur de la cité historique un musée de la ville.
Ce projet complexe a été l'occasion d'une modélisation 3D par deux étudiants de la licence professionnelle Développement et Protection du Patrimoine Culturel, option réalité virtuelle et formation multimédia de Cherbourg (Formation en partenariat avec la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH) et l'UFR d'Histoire de l'Université de Caen).
Anaïs Colin et Vincent Lemarié ont donc séjourné trois mois dans l'antenne de mon agence à Tiznit et ont suivi le projet de conception de ce musée. Au fur et à mesure de l'ébauche des plans, ils ont su proposer des réalités virtuelles qui mettaient en valeur les formes artistiques et architecturales locales pour devenir une force de proposition et d'amélioration du projet. Pour se nourrir des spécificité locales, ils m'ont accompagné sur mes chantiers de restauration dans le grand sud comme à Assa, mais aussi dans le Haut-Atlas à Zaouïa Ahansal.
De leurs longues journées de labeur et de leur volonté de répondre à la commande est née une vidéo montrant le projet afin de sensibiliser l'ensemble des acteurs au futur musée. Ils ont su construire un cheminement dans le bâtiment mettant en scène une muséographie décidée au préalable. Certaines restitutions comme les murailles de pisé, une paroi recouverte de gravures rupestres ou l'allée d'un agadir prouvent leur virtuosité à reconstruire des ambiances à partir du patrimoine amazigh.
Ce travail très fouillé leur a permis de valider avec les honneurs leur licence professionnelle et j'espère qu'ils auront tous deux un beau parcours professionnel dans lequel ils pourront exprimer pleinement leurs qualités créatives, leur sérieux et surtout leur écoute.
Cette vidéo est désormais accessible sur Youtube et je recommande à tous les passionnés du patrimoine et à tous les Tiznitis de la regarder.
Cliché des archives du Professeur Ahmed Boumzgou.
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Dans le cadre des projets d’aménagement urbain intégré
de la Ville de Tiznit, nous avons été appelé e pour élaborer le programme de création du Musée de Tiznit dans l’enceinte
restaurée de la Kasbah Makhzen (Monument Historique KASBAH AGHENNAJ EL HAHI).
Le projet a donc été élaboré à partir des monuments de la ville, témoins
historiques, pour leur redonner du sens qui dépasse l'illustratif. La
symbolique et la profondeur historique sont une possibilité qu’offre
l’architecture lorsqu’elle est bien utilisée.
Pour construire ce projet, nous avons d’abord fait un relevé très précis des Monuments Historiques concernés, puis nous avons beaucoup regardé les images d’archives pour bien comprendre comment fonctionnait la ville avant les bouleversements occasionnés par la « modernité », et tenter de lui rendre ses spécificités perdues. Ce projet propose donc de partir des spécificités locales dans l’objectif d’une mise en valeur générale de la ville. Les pages qui suivent en expliquent la démarche.
Bien entendu, tous ces détails qui donnent l’histoire du bâtiment (coulisses de l’histoire) en même temps qu’ils nous donnent des clefs de lecture de la façon avec laquelle ils ont été édifiés, seront prioritairement utilisés lors du projet. Car pour « nourrir » de sens un projet, il faut être en mesure de trouver aux espaces des destinations neuves qui soient un hommage à celles des temps passés. Une mauvaise restauration est celle qui rase tout et enlève cette « chair » du bâtiment sans chercher à lui redonner une nouvelle vie. Il faut le faire dès que les conditions techniques le permettent. Mais, cela ne doit pas non plus être caricatural, une mauvaise restauration sera aussi celle qui réemploiera aussi par trop un objet ancien à titre illustratif ou décoratif. A chaque fois, il faut juger, jauger, réfléchir.
Le projet
de musée dans la ville et dans ce monument historique pose question. Il faut
proposer quelque chose qui réponde à tous : toutes les classes d'âge - même si nous intégrons prioritairement les enfants - sans
disqualifier ni les femmes, ni les hommes. Notre projet proposera donc un lien avec des besoins des citadins et en
même temps une vraie mise à niveau pour permettre à Tiznit d'acquérir les caractéristiques
d’une métropole où le culturel n’est pas un luxe mais un droit qui
permet à toute une société d’avancer, ensemble.
Le parti
pris du projet est donc très simple : proposer un cheminement culturel
dans l’histoire de la ville par la promenade dans un jardin-musée. S’il fut logique de séparer deux espaces, celui des ateliers et celui du
musée, destinés à deux publics usagers différents, parce que le site présentait
une circulation et des dispositions particulières, il fut ensuite évident de ne
pas encombrer l’espace du musée de bâtiments coûteux mais plutôt de donner un
espace vert au cœur d’une ville saturée : décider de créer un jardin.
Mais, un jardin destiné à tout le monde – et non aux
seuls touristes – en fabriquant l’idée d’un jardin public. Ainsi, nous faisions
entrer le musée dans les habitudes des Tiznitis qui aiment la promenade en
famille, en organisant un ahwash ou un concert pour jeunes, en rendant
public une exposition de plein air, en organisant en un mot des conférences au
cœur de la ville, le culturel pouvait rencontrer le quotidien et aller chercher
un public inhabituel de proximité mais qui a soif de ce type de lieux.
Les ateliers, quand à eux, étaient à la fois très pratiques et reliés directement aux espaces culturels dans un lieu désormais réhabilité : le borj Sud. Là encore le monument historique glorieux sera généreusement offert à tous.
Le jardin musée devient l'espace de la sensibilisation au patrimoine, il permet d'associer ouverture culturelle et amélioration de l'espace quotidien des urbains.
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Cette construction s'achève et pourrait être en activité prochainement. Mis à part un chaînage de béton de ciment imposé par les autorités, tout est de pierre et de terre crue.
Malgré les pluies intenses, nos murs de pisé ont très bien résisté. Nous avons protégé les façades Ouest, les plus exposées aux intempéries, d'un parement de pierre, comme cela se fait beaucoup dans le Haut-Atlas (région de la Tessaout notamment). Les intérieurs conserveront les aspects de terre, de chaux et de pierre.
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Le site, hiver, printemps, été, automne, les neiges de l'Alas veillent... La douceur des lignes du paysage, la couleur des terres, la présence d'une végétation qui semble s'agripper aux massifs, et surtout l'immensité d'un paysage qui semble s'ouvrir, sont à chaque fois un choc.
Le projet est un ecolodge de luxe reprenant les traditions architecturales locales. Deux restaurants, et un espace spa ouvriront le lieu à une clientèle exigeante qui résidera autour des espaces de services dans des maisons très spacieuses, dotées d'un grand confort, et cependant écologiques. Aux pieds de la colline, il est prévu de mettre sur pied une petite ferme, avec ses cultures bio, ses animaux et un haras de chevaux barbe et de poneys...
Demarrage du chantier, préparation des semelles de fondation, mise en réserve de la terre qui est destinée au pisé.
La maîtrise d'ouvrage souhaitait que l'ensemble soit réalisé en matériaux traditionnels, c'est pour cela qu'elle avait fait appel à moi en 2005. La loi, hélas, nous a obligé à affecter une structure en béton armé superfétatoire parfaitement inutile, mais de la sorte, nous sommes sûrs que le projet obtiendra in fine son autorisation d'exploitation.
A contre-coeur, le chaînage est posé, il servira à certaines dalles intermédiaires. La contrainte d'habiller ces structures rend inventif, Hicham et les ouvriers, dont notre fidèle Brahim Fadl Din, ont l'idée de faire un chaînage d'angle en pierre, magnifique. Deux architectoniques s'opposaient ainsi, mais finalement c'est la plus majestueuse qui a pris le dessus : la terre gagne toujours !
Les choses prennent forme, au fil des semaines. Nous réflechissons à chaque détail, à partir des plans - déjà très élaborés - chaque visite dure plus d'une demi-journée, chaque détail est pensé et amélioré. Construire en terre est toujours un immense bonheur, on se sent si bien dans ces espaces intérieurs que nous allons essayer de garder le plus bruts possibles...
Photographies Salima Naji 2006/07 & Barbara Teslar © 2008
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Construire d’une part une grande maison de famille, pour le couple et les 3 enfants, mais aussi pour la famille étendue, une grande maison qui soit une maison de rencontre qui préserve cependant l’intimité du couple et de la cellule familiale ; d'autre part préserver le plus de jardin possible. Parti- pris de garder les deux jardins (andalou et africain) émerge précocement, nous la conserverons jusqu'à la livraison ; prévoir aussi une chambre d'amis indépendante ayant un pied dans le jardin. Enfin, Intégrer un petit logement indépendant pour le personnel.
Le goût des commanditaires tendant vers le minimal, l’épuré, le comtemporain, l'éclectisme était à bannir : les savoir-faire locaux revisités pour éviter le trop plein qui caractérise nombre de demeures récentes, tout en rendant hommage à l’héritage de la ville impériale (les salles d’eau, un espace à aménager dans le jardin, les espaces de circulation). J'ai gardé les proportions initiales, l'équilibre des intérieurs, j'ai restitué le patio oublié en ses murs, nouveau oeil de la maison qui ouvre sur l'escalier blanc central.
Sur La Cinquième (chaîne française), la maison sera visitée par l'équipe de Question Maison et présentée le 27 décembre 2007 prochain.
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Devant le musée municipal d'Agadir, trône un porche en terre. Cette construction qui se devait éphémère perdure et devient peu à peu un des symboles de la ville.
En effet, en mai 2003, à l'occasion de l'exposition "architectures des oasis" que je déplaçais à Agadir après l'avoir installée à Rabat, puis à Casablanca. Je décide avec la directrice de l'IFA (Institut Français d'Agadir) et le président de commune d'Agadir, de construire un porche en terre annonçant l'exposition devant le musée municipal.
Ce porche est une architecture hybride qui est le produit dans sa forme des porches de pierre de l'Anti-Atlas (dont on peut voir de nombreux exemple dans la vallée d'Ameln autour de Tafraout) et dans ses motifs des demeures de terre crue des vallées pré-sahariennes du Draa et surtout de la palmeraie de Skoura.
L'exposition devant durer six mois, l'enduit de terre est recouvert d'une couche protectrice devant résister aux éventuelles pluies. Cependant, au moment de démonter l'exposition, la commune s'alarme du sort dudit porche. Le secrétaire général me demande de ne pas détruire une oeuvre qui désormais fait partie du patrimoine de la ville d'Agadir (Il est vrai que la ville ayant été intégralement détruite par un tremblement de terre, les vestiges du passé sont très peu nombreux). Par conséquent, le porche reste en l'état devant le musée. Et c'est avec surprise que je constate que, malgré les années, il reste en bon état faisant mentir les "cassandres" qui méjugent les architectures de terre crue. De plus, les touristes s'arrêtent quasi systématiquement en dessous et posent le temps d'une photographie souvenir. Il serait donc dommage de le détruire car aujourd'hui plus de 3 ans et demi après, il semble définitivement faire partie du décor.
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Lorsque j'ai fait mes études je critiquais les formes construites dans ce pays ; je pensais qu'elles venaient de la paresse ou de l'incurie de mes confrères architectes mais j'ai rapidement compris que c'est surtout dû aux administrateurs qui délivrent les autorisations. Si la corruption est encore latente dans certains lieux, c'est surtout l'absence de compétences qui pénalisent tout travail. Beaucoup ont été recrutés soit par piston, soit par charité, très peu ont le sens de la mission de service public. Pour eux avoir un emploi dans l'administration était un dû à exiger de l'Etat et non une responsabilité au service des citoyens. Ils n'aiment pas leur métier, ils refusent de se cultiver, d'ouvrir une revue ou de comprendre un projet qu'il soit au Maroc ou à l'étranger.
Un petit exemple à Fès.
Un couple charmant sollicite mon intervention pour l'extension d'une maison traditionnelle qu'ils viennent d'acquérir dans le médina. Le projet est une intervention fine qui n'a pas pour objectif de créer une immense maison d'hôte mais d'aménager un espace familial agréable en préservant un vaste jardin.
L'Agence urbaine qui a connu une profonde réforme, valide le projet et autorise en décembre le dépôt du dossier de demande d'autorisation de construire devant la commune. Après plusieurs semaines d'attentes, la commission étant supendue pour de multiples malversations, le projet est enfin examiné en avril. La commission multiplie les remarques de forme très explicites comme utiliser une "couleur neutre" pour indiquer l'existant conservé et surtout signale que le service des monuments historiques s'interroge sur le respect de l'architecture locale.
Une visite au dit service fut fort instructive. La conservatrice, architecte pour sa formation, intégriste pour ses convictions, trônant au fin fond d'un batîment obscur commence à vociférer voulant interdire le projet. Elle veut que les façades soit plus sobres (alors qu'elles sont restituées à l'identique) et soutient que les tourrelles n'existent pas dans l'habitation fassie (alors qu'elles forment les cages d'escaliers des maisons traditionnelles comme à Dar Demana). Mais rapidement, je comprends qu' elle ne sait pas lire le plan et qu'elle est incapable d'identifier les espaces et que le vrai motif de sa colère est plutôt sa xénophobie. Elle est contre ce projet simplement parce que le terrain appartient à des Français. Elle conclut son discours par "ils n'ont rien à construire chez nous". Je m'interroge sur l'opportunité de lui asséner un extrait du dernier discours du roi s'adressant aux architectes ou plutôt de celui sur la tolérance et l'investissement des étrangers pour le développement économique du pays. Mais à quoi bon !
Je rentre à l'agence je reprends le dossier et prépare un cahier de références pour défendre le projet. Est-ce que, six mois après l'instruction de ce dossier cette construction verra-t-elle le jour ? La commission doit encore se réunir ce jeudi.
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